L’Idiot

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-  Du 3 mars au 11 avril 2015 trente représentations au Théâtre des Déchargeurs à Paris.

- Représentation le 8 aout 2014 au Festival des Tragos de Cavalaire.

- Trois représentations au Théâtre de Ménilmontant les 15,16 et 18 janvier 2014.

- Sept représentations à l’Art Studio Théâtre en mai et juin 2013 dans le cadre du Festival Printemps de la Création.

- Création au Théâtre de la Distillerie à Montrouge le 21 mars 2013.

L’histoire

Le Prince Mychkine revient à Saint-Pétersbourg après quatre années passées à l’étranger dans un village Suisse où il a découvert le pouvoir de la bonté et de la compassion.

Ne connaissant personne à Saint-Pétersbourg, le prince se rend chez les Epantchine, lointains parents dont il espère de l’aide. Mais le jour de son arrivée est celui où doit se décider le mariage de Nastassia Filippovna, femme dont la beauté et telle qu’avec « on pourrait soulever le monde ».

Autour de Nastassia, Dostoïevski déploie le tableau d’une humanité aux passions douloureuses. L’argent, le pouvoir, la femme… entre les protagonistes les rivalités attisent les désirs qui deviennent alors des instruments de tortures pour eux-mêmes et pour les autres.

Il y a Rogojine, le riche fils d’un rude marchand, « passionné jusqu’à la souffrance » ; Gania, le jeune secrétaire tourmenté par la conscience de son humiliation sociale et prêt à toutes les hontes pour s’élever. Et il y a les vieux jouisseurs, le général Epantchine et Totski, qui, pour satisfaire leurs désirs, détruisent des vies.

Tous nous paraissent être des monstres proches de la folie, mais, sans le savoir, nous les croisons quotidiennement dans les rues de notre monde si ‘’civilisé’’ : nous les abritons en chacun de nous.

C’est au milieu de cette humanité en proie à ses démons que le Prince exercera sa bonté et qu’il en subira les conséquences.

Pourquoi monter dostoïevski ?

« Il n’y a rien de plus blessant pour un homme de notre temps que de lui dire qu’il est un homme ordinaire ».

Pourquoi Rogojine tue t-il la femme qu’il aime ? Et pourquoi Nastassia décide t-elle de mourir avec lui plutôt que de vivre avec Mychkine ? Pourquoi Gania s’ingénie t-il à rendre impossible ce qu’il désire le plus? Pourquoi faisons nous le mal ? Et qu’est ce que c’est que le Mal ? Et le Bien, le pardon, le désir ? Comment vivre ?

Ces questions sont communes à tous les grands auteurs mais Dostoïevski les pose d’une manière à ce point actuelle que beaucoup ont donné à son œuvre une valeur prophétique. En observant les bouleversements de la société de son temps, il avait compris que, désormais, les grandes questions inhérentes au fait de vivre se présenteraient essentiellement comme des problèmes d’héritages.

L’héritage – qu’il soit financier, moral ou génétique – est injuste. Il est ce qui influe sur nos vies sans que nous puissions le choisir. Certains naissent dans le luxe et d’autres dans la misère. Certains sont fils de résistants et d’autres fils de collaborateurs. Certains naissent femmes et d’autres naissent hommes.

Dans notre société où chacun a droit au bonheur et où il ne dépend que de nous d’être ce que l’on a décidé d’être, comment accepter ce qui nous est donné ? Par exemple, comment accepter de naître dans une famille pauvre et, en plus, de n’avoir aucun talent ? Ce sera le problème de Gania dont le père alcoolique a ruiné la famille. Ce n’est pas non plus la faute de Nastassia si elle a été violée par son tuteur alors qu’elle n’était qu’une enfant. Ni celle d’Hyppolite si, à vingt ans, sa phtisie ne lui laisse que quelques semaines à vivre. Tous voient leur vie entravée par quelque chose qu’ils n’ont pas choisi et contre lequel ils se révoltent. Si Dostoïevski avait écrit son roman aujourd’hui, il aurait peut-être placé au côté d’Hyppolite un jeune transsexuel, révolté par le fait que la loi puisse l’empêcher de choisir son sexe !

Les questions de justice sociale et de choix de société qui remplissent l’actualité pourraient être reformulées en : que convient-il de faire de notre héritage ? Nous n’avons ni choisi de venir au monde ni de venir au monde dans tel corps, dans telle famille, dans telle époque et dans tel pays. Faut-il se révolter ?

À tous ceux torturés par la conscience de l’injustice qui leur est faite, Dostoïevski oppose le personnage du Prince Mychkine. Pour lui chaque homme est irréductiblement ce qu’il est et agit comme tel. L’homme ordinaire sera toujours ordinaire et le moindre de ses actes portera l’empreinte de sa nature. L’acceptation que propose le prince est-elle apaisante et libératrice ou, au contraire, porte t-elle des maux plus terribles encore que ceux qu’engendre la révolte ? Le Prince est infiniment bon et, pourtant, c’est lui qui fera basculer le drame. Venu apporter la paix, il déclenche la guerre. Pourquoi la vérité révélée déchaîne t-elle la violence ?

Contexte historique

En 1861, le tsar Alexandre II abolit le servage. Le système féodal s’écroule et le capitalisme s’installe en catastrophe. Certains s’enrichissent très vite, d’autres perdent tout. La société est alors le terrain de l’affrontement brutal entre partisans d’un capitalisme libéral à l’européenne, socialistes utopiques et nationalistes convaincus de la nature messianique du peuple Russe ayant sa voie propre et destiné à sauver l’humanité. L’histoire du XXème siècle porte la trace de ces combats.

Dostoïevski s’est emparé de la société de son temps, ses criminels, ses utopistes révolutionnaires, ses capitalistes avides, ses prêtres, ses ouvriers, sa jeunesse impatiente et désorientée… et il leur a donnés la parole. Il a pénétré leur conscience, les a éclairé pour nous et les a laissé s’exprimer.

La trame de ses récits organise la confrontation de toutes les grandes questions qui ont travaillé son époque. Comme lui, nous sommes les témoins d’une accélération incontrôlable du présent. Les changements se produisent à une telle vitesse que nous ne parvenons plus à comprendre ni le monde, ni ceux qui y vivent avec nous.

Nous le voyons disparaître et nous ne savons pas ce qui doit le remplacer.